dimanche 21 février 2010

Anecdotes racontées par Guy Chenot à Thonne les Prés

Voici des anecdotes concernant le petit village de Thonnes les Prés dans le Nord Meusien

LA FAMILLE CHENOT

L’histoire de Thonne les Prés, c’est aussi les histoires des familles qui ont marqué le village de Thonne les Prés. Chaque famille a un personnage qui est remarquable sous tel ou tel aspect, haut en couleurs.
Ces histoires, ces anecdotes qui constituent la trame d’un quotidien sont racontées par les personnes qui ont vécu les évènements, ou bien qui ont connu des personnes qui leur ont raconté. La tradition orale qui constitue le sel de ces anecdotes n’est pas conservée entièrement avec l’écriture et c’est difficile de rendre compte d’un vécu. Alors, de temps en temps, le rédacteur que je suis se permet de noter les mots parfois crus et imagés et les expressions pleines de saveurs telles qu’elles viennent naturellement.
Ces historiettes nous intéressent pourtant au plus haut point car ce sont ces anecdotes qui font vivre notre village, qui en font parler les pierres, les monuments, le paysage. Elles ne vont concerner, bien sûr, que les personnes pour qui le petit village de Thonne les Prés a une signification et qui lui sont profondément attachés. Donc à ne pas diffuser en dehors du cercle restreint des initiés !

Amédée Chenot :
Amédée Chenot a été le premier Chenot qui a habité Thonne les Prés. Il est devenu maire du village. Il a connu les deux guerres et a donc été contemporain d’évènements qui ont marqué le village.
En 2005, Guy Chenot, son petit fils, évoque les souvenirs et me parle de son grand-père Amédée.
Les parents d’Amédée Chenot sont des agriculteurs à Blagny, dans les Ardennes. Le père d’Amédée Chenot s’est mariée avec une demoiselle Jamain, originaire de Torgny, en Belgique.
Le père d’Amédée Chenot a deux fils et il n’y a pas suffisamment de place à la ferme de Blagny pour faire vivre les deux frères. C’est donc son frère ainé qui reste sur la ferme, sans doute le droit d’aînesse coutumier tel qu’il était encore pratiqué dans les familles paysannes à la fin du 19ème siècle !
Alors Amédée cherche fortune ailleurs. Il quitte le secteur de l’agriculture et il choisit la boulangerie. Il devient apprenti boulanger à Blagny, avant de partir au régiment. C’est un jeune homme très vigoureux, et pour le montrer, il porte un jour sur ses épaules et pour une courte distance d’une dizaine de mètres un sac de 100 kilogrammes de farine et la boulangère en prime par dessus. Celle-ci est un poids plume, juste une cinquantaine de kilos ! C’est aussi une époque où on fait la fête et il la fait trois jours durant, sans aller se coucher.
Amédée Chenot épouse Marie Fralon, originaire de Thonne les Prés.
Son épouse reçoit en dot 5 à 6 hectares.
Amédée Chenot saura faire fructifier judicieusement son capital, puisqu’il détiendra par la suite 36 hectares qu’il lèguera a son fils Henri qui conservera la ferme et les terres en l’état.
Henri Chenot, père du Guy Chenot, nait le 10 août 1900.
Des délibérations du conseil municipal de Thonne les Prés montrent que Amédée Chenot est conseiller municipal dès le début des années 1900.
Sa signature commence à se voir sur les documents officiels de la Mairie.
Lorsque la statue de Jeanne d’Arc est inaugurée, vers 1907 ou 1908, nous savons que M. Baudot est adjoint au Maire de Thonne les Prés, le Baron de Benoist. M. Baudot habite une maison dont la Baronne de Benoist est propriétaire dans le bas de l’actuelle rue de la Barrière, la rue qui mène à l’ancien passage à niveau et à la maison du garde-barrière qui a été rasée dans les années 1980. Son épouse tient une cabine téléphonique publique (en fait un simple téléphone auquel tout le monde a accès) , avant que la cabine téléphonique soit au café de la « Mère Audoin ».
L’adjoint du Maire, M. Baudot meurt, et c’est Amédée Chenot qui le remplace.
Puis Amédée Chenot devient maire et succède à Albert de Benoist.
Un jour, M. Poiret, le père de Raymonde, demande une aide à la commune. Amédée Chenot, en tant que Maire, refuse de lui accorder cette aide. Alors M. Poiret de lui répondre :
« Comme Maire, je vous respecte, comme homme, je vous emmerde », astucieuse façon de séparer l’homme de la fonction et de ne pas se générer d’ennuis, car la discipline et le respect vis à vis des autorités étaient stricts sous la troisième république.
Henri Chenot se marie avec Denise Foisset, originaire de Chauvency Saint-Hubert au milieu des années 20
Leur fils Guy nait le 4 août 1927.
Henri Chenot, vers 1925 a pu disposer d’une voiture décapotable, qu’il conserve deux ou trois ans. Puis il a une Mathis, dont la carosserie est partiellement en bois. C’est avec cette voiture que la famille Chenot a été exodée. Le 11 mai 1940, c’est Denise Chenot qui conduit la Mathis dont le toît est surmonté de deux matelas. Et la Mathis ira jusque dans les Charentes Maritimes, aux Touches de Périgny.
Dans la voiture, à côté du conducteur, il y a le Maire du Village, Amédée Chenot. A l’arrière, il y a Guy Chenot, qui a donc 13 ans et sa grand-mère.
Henri Chenot a 40 ans. Il est donc un soldat réserviste. Il est mobilisé comme soldat à La Roche sur Yon, au dépôt du 135ème régiment d’Infanterie (ou de blockhaus).
Mais la première étape de l’exode se trouve simplement à Tailly, à côté de Stenay, sur la route de Buzancy, après le village de Beauclair. Tailly est dans le département des Ardennes. On dort dans la salle à manger du Maire de Tailly.
Guy Chenot se souvient des voitures de l’exode de Thonne les Prés. Eudore Bernard, qui est le fermier de la ferme du Château conduit la voiture de la ferme.
Il y a également Charles Falala qui dispose d’une voiture.
L’entrepreneur de bâtiments Andrien ( ?)
Les frères Adnet ?
La famille de Gabriel Meunier ?
M. Georges Lambinet, instituteur à Thonne les Prés, a une traction avant et il a dans sa voiture son épouse, sa mère, Marie Thérèse Caquard et Adrien Lambinet, le frère de madame Caquard.
Guy Chenot passe en 1939 le certificat d’Etudes avec M. Georges Lambinet comme instituteur. Il est recalé et il le repassera avec succès dans les Charentes Maritimes, aux Touches de Périgny.
L’exode de Thonne les Prés s’est fait en un convoi automobile et également avec des chariots tirés par des chevaux pour les familles moins aisées. Ceci est raconté par Georges Andreux.
Madame Benoit (Veuve Irène Benoit, née Marchal) est venue par la suite rejoindre le premier groupe d’exodés de Thonne les Prés aux Touches de Périgny.

Le mariage de Guy Chenot :
Guy Chenot épouse Marie Gillardin, née le 1 er juin 1926 et le mariage a lieu le 29 novembre 1952 à Velosnes. Ils se sont connus en mars 1952, et l’anecdote vaut le coup d’être racontée !
Guy Chenot raconte : « Quand vous avez abattu les peupliers (En 1952), on dit au père Chenot (Amédée Chenot) qui était Maire, on dit qu’il y a une vache qui est dans la Thonne. Il va voir les bûcherons.
Les bûcherons disent : « Pour 5000 Francs, on vous l’enterrre ». Il passe à l’écurie me voir et il me dit « les boquillons de Monsieur Marchal veulent bien m’enterrer la vache pour 5000 balles.
« Pour cela je l’enterre et avec cela, j’irai au salon ! »
C’était une vache morte de Monsieur Falala, mais il ne l’a pas dit. La commune a donné cinq mille balles. On a été prendre le car à Verdun et on a été jusqu’à la porte de Versailles. J’étais avec Fernand Charpentier, le frère de Roger.
« Madame Charpentier, c’est ma cousine germaine » me dit madame Chenot.
Mars 52, Guy Chenot rentre dans la traction avant de son beau-frère, Jeanjean André (« beau-frère par ma sœur »). Guy Chenot avait fait la préparation militaire avec son beau-frère, et donc Guy Chenot a pu ainsi être reconduit jusqu’à Montmédy.
Guy Chenot voulait une femme qui trayait les vaches, comme toutes les femmes de paysan de l’époque. Madame Chenot avait commencé à traire les vaches dès l’âge de 11 ans. Le père de Marie Chenot avait une machine à traire dès 1938 ou 1939. Madame Chenot a contracté un rhumatisme dans les doigts et a donc eu l’habitude d’utiliser les machines à traire.
Guy et Marie Chenot ont eu 3 enfants :
Joëlle née le 14 juillet 1954
Marie-Françoise, née le 10 décembre 1956
Véronique, née le 31 mars 1958
Toutes les jeunes filles du village ne voulaient pas être épouse de paysan et traire les vaches. Par exemple, Monique Meunier, la fille de Gabriel Meunier, a épousé un boulanger, Michel. Nous disions Michel le boulanger et il nous paraissait à tous être l’homme le plus amusant et le plus gai de tous les villages où il faisait les tournées de distribution de pain, de savoureuses brioches et pâtés lorrains de toutes tailles. Cela a été la stupéfaction totale quand nous avons appris qu’il s’était suicidé en se pendant. Ceci a été vécu comme un dramatique mystère, une souffrance d’une personne que nous avons pensé avoir connue mais en tous les cas pas comprise, de la même manière que la brutale dispartion du Nono Schweitzer.

Aujourd’hui, quand nous parlons avec « le Guy Chenot » ou bien « le Guy » comme cela est dit dans le village, quand nous le voyons devant le pas de sa porte, nous avons le plaisir de voir un homme heureux, qui a travaillé toute sa vie et qui peut jouir paisiblement d’une retraite bien méritée.
Nous lui souhaitons donc aujourd’hui une bonne et heureuse santé pour profiter le lieux possible de la vie à Thonne les Prés.

Alors Guy Chenot a des regrets :
Le regret de ne pas pouvoir mettre sur une hampe accrochée en façade de sa maison un drapeau bleu blanc rouge, et aussi le drapeau de l’Europe, car lorsqu’on est unis, on est plus fort.
Et puis de me dire :
« Vous ne pouvez pas en mettre un au Moulin, il serait tout de suite déchiré ! »
Guy Chenot ne se souvient pas d’une anecdote, qui a été un moment cuisante pour moi, mais qui a eu, c’est sûr, une bonne influence sur mon éducation.
J’étais avec un petit copain de mon âge, 11 ou 12 ans maximum, et nous étions assis sur les bancs de l’église de Thonne, dans la partie centrale de gauche. Deux des filles Chenot étaient devant nous, Joëlle et marie-Françoise, car Véronique aurait été trop petite.
Et nous crachions dessus, pour les énerver. Ce n’était pas trop mon truc, mais je suivais la mauvaise influence de mon copain. Etait-ce JeanMarie Cauvez ou Jean-Luc Ruelle ? je ne m’en souviens plus.
Mais c’est moi qui ait été intercepté par Guy Chenot alors que je descendais par le raccourci et que j’avais passé sous le pont du chemin de fer. Pas moyen d’échapper à Monsieur Chenot qui montait d’un pas rapide et vigoureux.
Alors, Monsieur Chenot m’a demandé de tenir mes lunettes à la main, car il respectait le matériel.
Et j’ai reçu une baffe mémorable. En fait, j’avais eu peur et j’estimais m’en être tiré à bon compte. La leçon a porté ses fruits et je n’ai plus jamais eu un comportement irrespectueux vis à vis des filles Chenot.
Il est amusant de noter que lorsque je rappelle ce souvenir à Guy Chenot, ce souvenir de giffle et également d’avoir eu peur au point où j’avais « fait pipi dans ma culotte » ! donc un sacré souvenir, Guy Chenot lui, n’en a aucun souvenir.
Jean-Luc Ruelle, m’a raconté Guy Chenot, jetait des petits cailloux sur ses filles. Une fois, avec son commis, Guy Chenot lui court après et Jean-Luc s’effondre par terre, d’épuisement.
Là, c’est Guy Chenot qui a eu peur des conséquences de cette course.
Mais Jean-Luc a continué. Il a fallu appeler les gendarmes. Et Jean-Luc s’est calmé.
Il est drôle de penser que ces comportements de gamins se sont réellement passés, qu’il y a eu toutes ces bêtises et que ces gamins sont devenus des adultes responsables… et qui critiquent maintenant les bêtises des gamins d’aujourd’hui…
Deux autre anecdotes et nous nous arrêtons là :

Le veau de Mère :
Mère élevait des vaches à la ferme du Moulin, qui avaient de beaux veaux produits par insémination artificielle. Guy Chenot propose de lui acheter une petite génisse. Elle est vendue au poids. Avant la pesée, Mère lui donne le maximum de lait. Mais la petite génisse a eu une indigestion, et Guy et Marie Chenot ont bien cru la perdre.
Le bois : Guy Chenot descendait le bois avec son tracteur au prix convenu dans le village. Il descend quelques stères de bois. Et Guy Chenot se souvient bien être venu trois fois à la Maison de la rue des Roses pour se faire régler.
J’ai pas d’argent dans le porte monnaie ! Voyez le Général pour le chèque. Etc…
« Ah cela a été dur de se faire payer par des gens qui ont du de quoi ! »
Encore aujourd’hui, on ressent une réprobation pour ces petits retards de payement.

Par deux fois, Jacques m’a dit d’être très vigilant vis-à-vis des témoignages de bonne foi que pourrait faire toute personne, et il citait des éléments d’histoire ou d’historiettes, sans véritablement parler d’histoire, qui peuvent fort bien être inexactes, alors que le témoin, le protagoniste est absolument certain de leur véracité, de leur authenticité. Cela nous montre bien combien il faut croiser et recroiser toutes ces informations si nous voulons nous approcher d’une exactitude historique. Mais là, ce n’est pas véritablement le propos, ou bien l’objectif. Il s’agit de représentations que se font les uns ou les autres. L’exagération, la déformation, l’histoire souvent racontée se déforme un peu au cours du temps et peut très bien n’avoir plus qu’un rapport lointain avec la vérité.


Paris, le 13 juillet 2006
Actualisé et complété le 21 9 2007
Jean Marchal